Rendez-vous avec Ciné Mémoire
L'objectif à l'initiative de CINA, association régionale de cinéma d'Art et Essai, est de contribuer à mettre en valeur le patrimoine cinématographique et (re)découvrir des chefs d'œuvres du patrimoine cinématographique mondial.
Présenté par Fred Abrachkoff le dimanche 18 janvier à 20h00
Depuis les années 1930, un projet trotte dans la tête d’Akira Kurosawa : adapter à l’écran le récit autobiographique d’un topographe russe, Vladimir Arseniev. Au début du XXe siècle, cet officier de l’armée impériale russe est envoyé en exploration dans la région du bassin de l’Oussouri, près de la frontière chinoise. Avec son détachement, Arseniev fait la rencontre d’un chasseur de la tribu nanaï, Dersou Ouzala. L’homme, qui vit dans la taïga et chasse les zibelines pour en vendre la peau, n’a plus rien, ni maison ni famille, emportée par la variole. Il ne lui reste – et ce n’est pas peu de chose – que la nature qui l’entoure. Bien que rude, parfois trompeuse, la nature est une interlocutrice vis-à-vis de laquelle Dersou a la plus grande écoute et le plus grand respect.
C’est finalement 40 ans plus tard, en 1973, que l’occasion idéale se présente à Kurosawa. Le studio soviétique Mosfilm le contacte afin de réaliser un film ensemble. Kurosawa, qui n’est plus tout jeune et s’est remis depuis peu d’une tentative de suicide, part s’installer au fin fond de la Russie, dans cette même nature totale qu’a défriché Arseniev. Le tournage, comme bien souvent chez le cinéaste, se révèle aussi âpre que son décor. Froids intenses, vents déchaînés, saisons changeantes : tous les ingrédients symboliques (mais bien réels !) de Kurosawa sont là.
La nature de cette région reculée réverbère à l’écran dans toute sa puissance et sa sacralité. Maksim Mounzouk, que Kurosawa a voulu contre l’avis de la production dans le rôle de Dersou, en est le prophète parfait.
Quand le film sort en 1975, il ne provoque pas le même effet au Japon et en Occident. Il remporte le Prix d’Or du Festival international du film de Moscou. Il est ensuite sacré aux Oscars en tant que meilleur film dans une langue étrangère. La réception est chaleureuse, tant dans la presse qu’au box-office. Au Japon, rien n’est moins sûr.
Les critiques ne s’accordent pas sur la place de Dersou Ouzala dans la parabole cinématographique d’Akira Kurosawa. Néanmoins, le film – qui plus est dans sa version restaurée – est d’une très grande beauté, intense, cyclique et changeante comme les saisons sibériennes. Depuis le siècle dernier, la nature et ses chantres ne se portent plus très bien. Que le cinéma, alors, les aide à reprendre leur souffle…
Présenté par Fred Abrachkoff le dimanche 15 février à 20h00
« Plus qu’un film sur la mort, c’est un film sur la volonté de ne pas mourir. Clive a cette obsession que les jeunes le poussent dehors, veulent le tuer. Dans les fantasmes de 5 heures du matin, d’une longue nuit de maladies et de spasmes, il réinvente son passé, emmêle les lieux où il a vécu… » Avec Providence, Resnais signe une métaphore de la création littéraire. L’inspiration du héros et les désordres de sa pensée sont magnifiquement mis en scène à travers les décors filmés, transformés selon la fantaisie créatrice et les tâtonnements de la mémoire. Hanté par l’angoisse de la décrépitude physique et intellectuelle, l’artiste-démiurge manipule ses propres personnages et recompose le puzzle de sa vie.
Premier film de Resnais tourné en anglais (la version française a été supervisée par le cinéaste avec notamment la voix de Gérard Depardieu), Providence récolte pas moins de sept récompenses aux César 1978, dont le meilleur scénario pour le dramaturge britannique, David Mercer, la meilleure musique pour Miklós Rózsa et les meilleurs décors pour Jacques Saulnier. Quant à Alain Resnais, il reçoit le premier de ses trois César pour le meilleur film.


