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Rendez-vous avec Ciné Mémoire

L'objectif à l'initiative de CINA, association régionale de cinéma d'Art et Essai, est de contribuer à mettre en valeur le patrimoine cinématographique et (re)découvrir des chefs d'œuvres du patrimoine cinématographique mondial.

Présenté par Fred Abrachkoff le dimanche 24 mars à 20h00

Le vent nous emportera, tourné un an après la Palme d’Or (Le goût de la cerise) appartient à la belle période française de Kiarostami, celle où il jouissait à la fois d’une reconnaissance critique et d’un public fidèle, intrigué par ces œuvres énigmatiques et limpides. D’une certaine manière, personne n’a été surpris par cet opus majeur : on y retrouvait le sens de la durée, le jeu avec le non-dit et non montré, et la minceur apparente de l’anecdote. Mince, l’histoire l’est superficiellement : une équipe de télévision débarque dans un petit village du Kurdistan pour y filmer une coutume funéraire (des femmes qui se lacèrent le visage). A partir de cet argument ténu, le cinéaste iranien bâtit un métrage complexe, qui tire de maints détails une richesse insoupçonnée.

On peut y voir l’itinéraire d’un homme, Behzad, venu dans ce village pour en faire son profit et qui en repart transformé. D’abord désagréable, intrusif, il ne pense qu’à lui, utilisant un enfant, cherchant à voir comme à savoir sans contrepartie. Les habitants du village, qui l’appellent « M. l’ingénieur » par respect, sont dans le don permanent, tout en ne le questionnant pas. Lui, au contraire, interroge sans cesse et, symboliquement, fait souvent répéter son interlocuteur tant ils ne parlent pas le même langage. Il ne donne pas, il prend (les pommes, le lait, l’os humain) ; son équipe, qu’on ne verra pas, se conduit encore plus mal, notamment en mangeant des fraises tout en critiquant leur goût. Kiarostami refuse même de les faire exister, de leur accorder le droit d’apparaître à l’image. Dans ce grand film du hors-champ, ils sont les oubliés, méprisés par le cinéaste comme eux méprisent les villageois. Bezhad, pour en revenir à lui, ne cesse de faire des rencontres qui, dans un premier temps, sont sans effets : qu’il parle à l’enfant qui lui sert de guide et contre lequel il se fâche injustement ou à Yossef, qui creuse un trou mais qu’on ne verra jamais, il ne tire aucune leçon de leurs paroles. Mais un événement dramatique, pas celui qu’on attendait, modifie sa vision : un éboulement qui engloutit Yossef le conduit à son tour à donner (sa voiture pour secourir, l’os rendu à la rivière dans le magnifique plan final) et à admettre. Quand, le lendemain, après la seule nuit évoquée à l’écran, il comprend que la centenaire est décédée, il devrait faire son reportage et se réjouir, mais il a changé et se contente de quelques photos volées, comme à contrecœur, avant de s’enfuir. C’est qu’il a compris la leçon que tirera juste après le médecin à moto : l’essentiel n’est ni la spécialisation, ni l’attente d’un hypothétique au-delà, mais la contemplation de la nature. Autrement dit, il ne faut pas intervenir en voulant changer le réel, mais le regarder dans ce qu’il a de mieux, et améliorer ce qui peut l’être.

cinedweller.com

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